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La Radio Négritude 89.5 F.M stéréo
la Fondation Négritude
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Négritude,
Césaire la définit ainsi : " La Négritude est la simple reconnaissance
du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de
Noir, de notre histoire et de notre culture. " Ce texte est d’autant
plus intéressant que, dans sa brièveté, il contient deux définitions
complémentaires du concept. En effet, […] le mot - et, partant, le
concept – a un double sens : subjectif et objectif.
Objectivement,
la négritude est un fait : une culture. C’est l’ensemble des
valeurs – économiques et politiques, intellectuelles et morales
artistiques et sociales – non seulement des peuples d’Afrique noire,
mais encore des minorités noires d’Amériques, voire d’Asie et d’Océanie.
Je parle des peuples d’Afrique noire qui bâtirent les civilisations,
élaborèrent les arts qu’historiens, spécialistes de sciences humaines,
critiques d’art découvrirent et commencèrent d’exalter au début du
siècle. Pour ne pas insister sur les négro-américains, dont les ancêtres
venaient d’Afrique, les anthropologues, ethnologues et sociologues ont
souvent signalés des affinités de civilisation entre Noirs d’Afrique,
noirs d’Asie et Noirs d’Océanie. Les écrivains grecs les avaient déjà
signalées, qui appelaient les uns et les autres Ethiopiens,
distinguant seulement les " orientaux " (asiatiques) des " occidentaux "
(africains). N’est-il pas significatif que l’écriture des premières
civilisations indiennes – celles de Mohen-Daro et de Harappa - , qui
florissaient 2500 ans avant Jésus-Christ, servît à exprimer des langues
dravidiennes : des langues de Noirs ?
Subjectivement,
la Négritude, c’est " l’acceptation de ce fait " de civilisation et sa
projection, en prospective, dans l’histoire à continuer, dans la
civilisation nègre à faire renaître et accomplir. C’est en somme la
tâche que se sont fixés les militants de la Négritude : assumer les
valeurs de civilisation du monde noir, les actualiser et féconder, au
besoin avec les apports étrangers, pour les vivre par soi-même et pour
soi, mais aussi pour les faire vivre par et pour les Autres, apportant
ainsi la contribution des Nègres nouveaux à la Civilisation de
l’Universel.
Il est donc
entendu que, dans le présent exposé, le mot Négritude vise le
concept dans son acceptation la plus générale, englobant ainsi tous les
mouvements culturels lancés par une personnalité noire ou par un groupe
de Nègres : aux Etats-Unis, mouvements de Niagara et de la
Negro-Renaissance ; aux Antilles, mouvement de l’Ecole haïtienne ;
en Afrique, mouvement anglophone de l’African Personality, aux
Antilles et en Afrique, mouvement francophone de la
" Négritude ". Je mettrai le mot entre guillemets pour désigner ce
dernier mouvement.
La querelle de la Négritude,
par-delà le vocabulaire, est née de plusieurs raisons, qui touchent au
fond des choses : à la problématique du concept. Ce sont , outre
l’ambivalence du terme, les différends entre anglophones et
francophones, négro-américains et négro-africains. Et aussi le conflit
entre générations – sans oublier que la querelle fut d’abord soulevée et
continue d’être alimentée par les Blancs de tous bords.
Je commencerai
donc par être d’accord avec Tchicaya U Tam’si lorsqu’on lui demande :
" Qu’est-ce que la Négritude ? " et qu’il répond : " la Négritude est
une affaire de génération et d’école aussi. Je suis d’une autre
génération et d’une autre école aussi. Je suis d’une autre génération et
d’une autre école, et je suis un rieur qui ne peut résister à l’envie de
pouffer de rire à chaque leçon que l’on veut me donner. " Tchicaya ne
renie donc pas la Négritude ; il veut seulement y apporter sa
contribution, librement. Et il le fait magnifiquement, car sa poésie est
l’une des plus neuves du continent, tout en restant nègre, voire
congolaise.
Mais voici Wole
Soyinka qui nous dit : " Un tigre ne proclame pas sa tigritude, un tigre
saute. " Je vous renvoie à l’Histoire de la Littérature néo-africaine
par Janheinz Jahn, l’Allemand. Celui-ci, aux pages 242 et 243 de
l’édition française, nous fait remarquer que les critiques blancs
s’étaient déjà empressés de faire disparaître la proposition essentielle
– " le tigre saute " - pour, une fois de plus, semer la discorde entre
partisans africains de la " Négritude " et de l’African Personality.
Mais laissons la parole à l’écrivain nigérian, cité par Jahn : " Je
voulais distinguer la propagande et la véritable création poétique. Je
disais, en d’autres termes, qu’une qualité poétique positive qu’on
attendait de la poésie était la qualité poétique intrinsèque, et non pas
simplement une étiquette. "
En vérité, le
débat est ancien : il remonte à l’aube du mouvement. Du Bois se
déclarait fier d’être un " propagandiste ". Cependant, Alain Locke, son
fils spirituel, préférait " choisir l’art et mettre de côté la
propagande ". Nous avons connu les mêmes discussions parmi les
francophones entre les années 30 et 40. Et je penchais pour la solution
préconisée pas Soyinka. Voici ce que j’écrivais, en 1948, sur David Diop,
trop tôt enlevé à notre amitié : " Nous ne doutons pas qu’avec l’âge
David Diop n’aille s’humanisant. Il comprendra que ce qui fait la
négritude d’un poème, c’est moins le thème que le style, la chaleur
émotionnelle qui donne vie aux mots, eux non plus, d’autre prétention… "
Le débat n’est
donc pas entre " négritude " et " tigritude ", et Mphahlele ne me choque
pas outre mesure quand il recommande un " réalisme individuel ", car,
s’il s’agit d’un Nègre, il ne peut, en étant soi, qu’exprimer " sa
manière d’être nègre ". Tant il est vrai que le zèbre ne peut se défaire
de ses zébrures ni le tigre de sa tigritude, et qu’on ne dépasse ses
déterminations ethniques et historiques – ce qui est le propre de
l’artiste – qu’en allant dans leur sens.
Le
vrai débat n’est pas là. Il est entre les hommes de culture et les
hommes de politique, entre l’idéologie de la
Négritude et les idéologies qui, en Europe, en Asie et en Amérique, sont
au service des impérialismes en lutte pour la domination du monde. On
l’a bien vu au Festival panafricain d’Alger.
De fait, les
grands journaux et revues du monde blanc se sont tous réjouis de voir la
Négritude attaquée par des Nègres, et ils ont monté le fait en épingle.
Sans parler des réactions du monde jaune, qui pour être plus discrètes,
n’en furent pas moins attentives.
C’est un des
nôtres, le philosophe Gaston Berger, un métis né à Saint Louis du
Sénégal, à la fin du siècle dernier, qui a fondé la Prospective,
cette science qui permet d’étudier l’évolution future du monde pour la
prévoir. Celle-ci nous enseigne, essentiellement, que la civilisation du
XXIème siècle sera celle de l’universel, à laquelle chaque ethnie,
chaque nation, pourra apporter sa contribution. Je dis " pourra ", car
il n’est pas inéluctable que chacun soit, comme l’écrivait Césaire,
" présente au rendez-vous du donner ". Seules y seront présentes,
contribueront à bâtir la Civilisation de l’Universel et les
nations qui croient avoir un message que nulle autre ne possède et qui
veulent, consciemment, proférer ce message. C’est ici que la Négritude
comme sujet rejoint de la Négritude comme objet. Depuis le début du
siècle, en effet, les militants de la Négritude ont commencé de proférer
nos valeurs de civilisation, et d’agir dans le sens de leur parole – car
tout art est Parole – et d’aider à bâtir une civilisation plus humaine
parce que faite de différences nécessaires : des différences
complémentaires des ethnies et des nations.
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